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PRESSE FRANCOPHONE
REVUE DE PRESSE EXPRESS
« Les Bratsch sont bien le meilleur groupe qui mêle jazz, musique de
l'Europe du Sud-Est et la musique rom. » (Concerto)
« Un échange passionnant entre l'Est et l'Ouest. Mention 'très bien'
pour la musique et la qualité sonore. » (Scala)
« De merveilleux improvisateurs » (FAZ)
« Un melting pot des musiques d'Europe Centrale, et lequel ! : le pot
est chaud ! Excellente matière. » (fRoots)
« Les Bratsch, géniaux, pratiquent l'élargissement musical de l'est de
l'Union Européenne depuis déjà vingt ans ! » (Rolling Stone)
« Dans cette musique interprétée avec une intensité de fête, il n'y a
guère rien d'impossible. » (FAZ)
« Jouée magistralement avec une incroyable verve. » (Le Monde de la
Musique)
« Ces vagabonds portent dans leur ballot la nostalgie de l'Europe de
l'Est, la couleur de la Méditerranée, la dextérité des Tziganes et
l'ironie juive. Musique sans frontières. » (Le Monde)
« Un merveilleux voyage de l'ouest vers l'est avec une bande de nomades
indomptables qui se moquent de toutes les frontières. Des mélodies de
Tziganes, russes, arméniennes, juives ou des chansons propres, le public
tient tête et en réclame toujours plus. » (L'Express)

Bratsch, joyeux quintette parisien, a depuis bien longtemps exploré tous
les méandres des musiques d'Europe centrale et orientale. Bien avant
l'engouement actuel, en tout cas, puisque le groupe va bientôt fêter ses
25 ans d'existence. Les cinq mauvais garçons du swing reprennent des
airs tziganes, russes, bulgares ou yiddish avec un savoir-faire
impeccable et une douce ironie. Car Bratsch ne revendique pas un label
traditionnel et encore moins folklorique, mais un statut futuriste de
réinventeur de vieilles musiques. Ces derniers temps, notamment dans
leurs derniers albums, ils ont élargi leur horizon musical en butinant
dans le rebetiko enfumé d'Athènes., dans les rondes nostalgiques
d'Arménie ou quelque folk limousin. Sans rien perdre de leur style
étincelant.
S.G.

Ce qui leur va si bien, c'est la faculté de réveiller le génie européen
dissimulé dans la multiplicité de ses rythmes, qui chaloupent comme dans
un road-movie musical à travers un continent très charnel.

Excellents musiciens, inventifs, virtuoses, les Bratsch se jouent des
frontières géographiques autant que musicales même si le répertoire
tsigane et celui des Balkans forment l’épine dorsale de leur tour de
chant.
Les Bratsch reviennent dans une forme olympique, pour se jouer des
frontières, en bons musiciens du voyage, bohémiens, Tsiganes, gens du
voyage, etc. Bratsch a comme toujours depuis Notes de Voyages, premier
album publié en 1988, du vague à l’âme, de la joie, de l’appétit à
vivre.
Véronique Mortaigne

Goulasch et ouzo
Cela fait quelques lustres que Bratsch explore l'Europe tsigane,
l'Orient des Grecs, la plaine slave, le quartier de la Bastille, la
mémoire des , " shtetls " yiddish. Les yeux toujours tournés vers l'est,
là où galopent des chevaux, cheminant des peuples perdus, se barricadent
des ghettos, ces cinq Français se sont pour une bonne fois vêtus de
vieille toile, de semelles vénérables et de rugueux sourires. Guitare,
accordéon, violon, clarinette, contrebasse : toutes les musiques des
peuples qui ont perdu au grand jeu de l'Histoire peuvent alors se faire
entendre. Dans leur spectacle se croisent les frontières et se
chevauchent les nationalités. Nous ne sommes pas bulgares pour savoir si
leurs compositions au goût bulgare ont notre accent, ni grecs pour
savoir s'ils sont fidèles à la tradition. Ils arrosent d'ouzo leur
goulasch, alternent " gafilte fish ", et bortsch : pour la couleur
locale, c'est plutôt l'arc-en- ciel, pour la vérité ethnomusicologique
on fera confiance aux garanties des spécialistes. Pour le pittoresque,
ils parlent une sorte de sabir de Roumanie ou du Levant - pas de chez
nous, en tout cas. Mais quand ils travaillent le jazz manouche des bords
de Seine, le violon à la Grappelli et la guitare à la Reinhardt ont une
drôle de couleur, comme si le vent des voyages leur donnait son timbre
de tourbe et de vieille herbe. Et quand ils chantent Johnny tu n'es pas
un ange de Francis Lemarque, ils trouvent l'exact point d'équilibre
entre Enrico Macias et Ute Lamper, entre le désespoir d'amour et le
désespoir des siècles. Avec Bratsch, voici des Est bien de chez nous :
lointains, brumeux, rêvés.
Bertrand DICALE

Des Musiques voyageuses que font tourner en virtuoses les cinq
musiciens. Emotion et fièvre s'enlacent au fil des ardentes harmonies du
groupe, qui a fêté il y a peu ses alertes 25 ans. Les festivités
s'annoncent réjouissantes.

Longtemps avant qu'il ne soit remarqué à la faveur de la décongélation
du bloc de l'Est (vers 1989), qui fit souffler un intérêt occidental
pour les musiques d'Europe orientale, Bratsch vouait déjà son
inspiration iconoclaste aux facéties des rythmes tziganes. Fondé en
1975, Bratsch a promené sa musique SDF (cf son remarquable album « Sans
Domicile Fixe » (Niglo/Sony) publié en 1990) dans un esprit nomade
enchanteur qui faisait fi des avis étriqués des puristes du folklore, en
cuisinant ses mets musicaux aux saveurs puisées sur les berges du Nil,
du Danube ou du Mississipi.
BOUZIANE DAOUDI

Bratsch, la coopérative du swing
" Ensemble à naviguer comme un oiseau de passage, vingt-cinq ans à
fouler l'asphalte du voyage, ça s'fête. " En quelques mots, tout est
dit, sur un accord de swing manouche, façon Django. Réunis dans une cave
spacieuse et lumineuse, les Bratsch répètent une nouvelle composition.
Ambiance plutôt studieuse, loin de l'effervescence chaleureuse des
concerts. Il faut être prêt pour le Cabaret sauvage, où le groupe
célèbre son vingt-cinquième anniversaire. Et préparer un spectacle,
faire danser le public n'est pas qu'une question de feeling, de
générosité ou de virtuosité. C'est aussi du boulot. " Comme les
tziganes, nous fonctionnons selon le principe de plaisir, sans bnous
laisser enfermer par des partitions, ce qui nous permet de donner des
concerts différents à chaque fois. " Bratsch, c'est le groupe de scène
par excellence. Son premier CD fut publié en 1988, treize ans après la
formation du quintet dans les cabarets parisiens. Suivront une dizaine
d'albums aux titres évocateurs : Sans Domicile Fixe, Transports en
Commun, Rien dans les Poches… Musiciens nomades, les Bratsch puisent
leur inspiration sur les routes. Assister à un de leurs concerts, c'est
voyager en Tziganie, sur les bords de la Méditerranée, dans les planes
slaves et la mémoire yiddish. Les Bratsch ont déjà 90 concerts au
compteur cette année (fin fond de l'ex RDA, Finlande, Pologne, Maroc USA
même…). Mais les temps sont durs. Surtout pour un groupe " autogéré "
comme le leur. " Nous fonctionnons comme une coopérative. L'argent de
nos disques est placé dans une caisse commune et réutilisé pour financer
nos tournées ". Problème : avec le piratage, les Bratsch voient leurs
ventes d'albums s'éroder. Alors ils ont imaginer une parade. Chaque
concert donné au Cabaret sauvage sera enregistré sur un CD vendu à la
fin de chaque spectacle. Si la tendance à l'érosion se confirmait, c'est
la liberté du groupe de jouer où bon lui semble qui serait remise en
cause. Comme l'année dernière, à la demande d'une association de gadjos
(étrangers, en tsigane) de la forêt de Pontoise. Au départ, les Bratsch
furent accueillis avec méfiance. " A près ils sont aller chercher leurs
instruments ". Bratsch apporte un démenti formel à tous les grincheux
convaincus qu'il faut obligatoirement avoir du sang tsigane pour jouer
de la musique tsigane. Aujourd'hui des groupes roumains ou bulgares
reprennent les morceaux des Bratsch. Et le quintet figure aux côtés
d'authentiques fanfares des Balkans sur des compilations de musiques "
traditionnelles " d'Europe de l'Est. Une consécration dont le groupe tir
fierté sans se prendre trop au sérieux. " Parfois on nous prend vraiment
pour des Tsiganes " s'amusent-ils. Et chacun de livrer son anecdote
personnelle sur ces malentendus. Comme l'histoire de ce journaliste venu
interviewer le groupe flanqué d'un interprète serbo-croate…
Eric Mandell

Grandeur d'âmes des tsiganes Hier soir au Splendid, le souffle de
Bratsch a fait des dégâts sentimentaux Il est des concerts qui nous
émeuvent plus que d’autres. Comme si, des mois plus tard, trottaient
encore dans nos têtes quelques airs d’une soirée révolue. Hier, des 500
personnes qui se sont installées sur les sièges feutrés de la salle du
Splendid, beaucoup garderont en mémoire la prestation de Bratsch. Depuis
plus de 20 ans que cette formation essaime les salles, elle parvient
toujours à séduire son auditoire. Sentiments partagés Le décor pourrait
être celui d’un film minimaliste : une table, quelques bouteilles, des
chaises. Rien de plus. Et pourtant… Debout, l’allure altière, le
quintette se présente au public sous des faux airs de gravité. Mais très
vite, la vraie nature de ces musiciens en cavale surgit de façon
volcanique. Violon, contrebasse, clarinette, guitare et accordéon se
mettent en branle de concert, formant un joli feu de joie. Les accords
s’enrichissent à mesure que les influences musicales se superposent.
C’est toute l’Europe centrale qui rapplique. Après s’être goulûment
rassasiée des sons bulgares, roumains, grecs ou yiddish, la musique de
Bratsch nous remplit les tympans de sa diversité culturelle. Soudain, le
rythme décélère, faisant brutalement chuter nos pulsations
intra-veineuses. Les lumières rouges, planquées dans leurs soucoupes
renversées, tamisent l’atmosphère. Le violon se met à pleurer tandis que
l’accordéon cherche à reprendre son souffle. Ces mêmes notes qui, cinq
minutes plus tôt donnaient le tournis, nous serrent puissamment la
gorge. C’est là toute la force de la musique tsigane.
J. Lx

Bratsch sur scène, une musique poétique venue des Balkans et d'ailleurs.
Pour sa soirée Cabaret slave, le festival avait convoqué une affiche de
rêve. Avec, en première partie, le groupe Gürültü et Petko Stefanov.
Suivi de Bratsch, qui a offert un moment de grâce tzigane à une salle
conquise. Une soirée slave, loin des sons celtes. Le pari pouvait
sembler risqué en plein Festival Interceltique. Mais il a été gagné haut
la main. A 23 h 30, Bratsch occupe le terrain. " To be or not to be.
Oublie ça, chante, car les diables ne savent pas chanter ". Lorsqu'il
lance le proverbe tzigane à la foule venue l'applaudir, on dirait que le
groupe révèle le secret de sa musique. Alors, pour faire fuir les
démons, les cinq musiciens chantent, de leur voix grave, des airs venus
des Balkans ou d'ailleurs, qui rendent nostalgiques de pays qu'on ne
connaît pourtant pas. Dans la salle, le public écoute religieusement,
comme on écoute les messes à Harlem ; en tapant des mains ou en dansant
dans les travées. Les airs d'influence tzigane se succèdent, et les
musiciens de Bratsch (nom du violon alto populaire de Hongrie)
rivalisent de virtuosité. Chacun son tour, selon un ordre qui semble
improvisé, prend le devant de la scène, pour des solos enlevés. La
clarinette part dans les airs, le violon alto semble être pris par la
danse de Saint Gui, comme victime d'un sortilège. Les quelque 1000
spectateurs en redemandent. Une fois, puis deux, debout pour acclamer
des musiciens virtuoses. Jusqu'à 1 heure du matin, Bratsch accroche le
cabaret rempli à craquer. Terrain celte ou non, les musiques slaves ont
été définitivement adoptées.
Jean Gouyau

(Québec) Bratsch, pour le seul plaisir d'être ensemble.
Avec un nom comme le sien, Bruno Girard passerait facilement pour un
Québécois. Or, comme les autres membres du groupe, il est né en France.
Le mystère se situe ailleurs, sans doute à la frontière de plusieurs
univers musicaux. " On a chacun des personnalités différentes, constate
le violoniste et co-fondateur du groupe. On a chacun nos petits trésors
à nous. Dan Gharibian, chanteur et guitariste, est d'origine armé-
nienne. Il apporte tout le coté oriental et connaît la musique tzigane
russe. François Castiello (accordéon et chant), c'est le coté italien et
méditerranéen. Nano Peylet, le clarinettiste, a fait de la musique
klezmer et a travaillé avec des orchestres juifs. Pierre Jacquet, le
contrebassiste, a fréquenté les clubs de jazz pendant des années. Moi,
c'est la musique roumaine, mi-slave, mi-orientale. J'aime bien ce
mélange ". Bratsch. Le mot ressemble assez au son du cheval qui s'ébroue
après la course. De fait, les gars donnent l'impression d'être toujours
en cavale. Explorateurs, ils l'étaient de nature. " On est beaucoup en
voyage. On passe pas mal de temps ensemble, tous les cinq, acquiesce
Girard. Bratsch nous a permis de nous retrouver sur un projet itinérant
qu'on avait tous dans la tête avant de se rencontrer. Depuis toutes ces
années, une amitié s'est créée, qui est devenue aussi importante que les
notes pour faire de la musique ". Le dernier passage de la bande à
Québec remonte à 1997. Qu'en est-il de Bratsch depuis ce temps ? " On
s'oriente de plus en plus sur des compositions, inspirées de matériel
traditionnel. Notre musique est de plus en plus composée, tout en
laissant une part importante à l'improvisation ". Ethnologues, les
membres de Bratsch le sont un peu devenus par la force des choses. Mais
leur démarche se situe à l'opposé de la cueillette et de la
conservation. " Disons qu'on commence à avoir une perception de la façon
dont la musique se fait à droite et à gauche. Mais notre propos c'est de
voir comment elle continue à se transformer en l'adaptant à notre
sensibilité ", estime Bruno Girard. Le plus drôle dans cette histoire,
c'est que Bratsch, qui roule sa bosse depuis près de 25 ans, continue à
influencer les Tziganes eux-mêmes.
Richard Boisvert

Sauteries manouches et brassages bohémiens
Voilà sans doute ce qu'on appelle un groupe transversal, capable de
troquer les planches du Victoria Hall (en 2001) contre celles de l'Usine
(ce soir) et d'emballer avec les mêmes ficelles les amoureux de
sauteries balkaniques, les passionnés de swing manouche et quelques
nuées de jeunes punks. Réuni à Paris au milieu des années 70, Bratsch
regroupe aujourd'hui un guitariste arménien fan de Django Reinhardt, un
violoniste sorti du bouillon de culture free-jazz, un contrebassiste
chineur et tsiganophile, un accordéoniste déniaisé dans les bals musette
et un ancien clarinettiste classique tombé dans les bras du folklore
klezmer. La mélancolie frénétique des caravanes bohémiennes et la
langueur tonique du jazz des années 20 se mêlent sur scène à quelques
épices inattendues. On signalera parmi celles-ci une reprise
enthousiaste du vieux tube arabo-napolitain Caravan Petrol de Renato
Carosone. N.U.

Cela fait maintenant plus d’un quart de siècle qu’ils sillonnent les
routes du monde avec leur musique nomade. Les Bratsch ont fait étape aux
Nuits de Champagne qu’ils ont éclairées de leur musique colorée. Dès les
premiers accords, les spectateurs répondaient à l’invitation au voyage
et rythmaient de leurs applaudissements les notes des cinq virtuoses.
Bratsch a offert au public conquis une balade à travers leur répertoire,
mêlant musiques traditionnelles d’Europe Centrale, variations festives
juives, improvisations jazz et autres compositions inspirées de leurs
innombrables tournées. Brassant tour à tour les langues, rom, yiddish,
italien, arménien et… français, leur folklore imaginaire a séduit et
ému. Tantôt nostalgique, tantôt sauvage, avec humour aussi, le quintette
a dépeint toute une gamme de paysages de « Tziganie « aux bords de la
Méditerranée, des plaines slaves à des terres inconnues… Voix chaudes,
instruments chatoyants, le public a frissonné de plaisir à l’écoute de
leur musique, leur « soul « à eux, l’esprit Bratsch, cette façon
inimitable de mélanger cultures et impros, rigueur et légèreté. Ces
baladins qui passent par les chemins de traverse et sortent des sentiers
battus ont donné une musique de rêve et conté la douceur d’improbables
contrées. Comme une parenthèse magique où chacun a pu s’évader le temps
d’un concert, et repartir, le corps et l’âme vibrant d’agréables
sensations. Bratsch apportait aussi, comme à chacune de leurs
prestations, un démenti formel à ceux qui croient encore qu’il faut
nécessairement avoir le sang des gens du voyage pour transporter un
public sur les routes qu’ils ont choisies.

Cinq musiciens français jouent depuis quinze ans les musiques
traditionnelles des Europe de l'Est:un chemin fantasmé entre cultures
slaves et Grèce, entre Arménie et Limousin, qui convainc à la fois le
public et les musicologues. « Nous ne sommes pas des vrais musiciens
traditionnels, dit François Castiello. En France, nous n'avons pas de
tradition musicale très riche, alors que, dans les musiques roumaines,
yougoslaves, bulgares, il y a des choses extraordinaires à découvrir au
niveau de l'expression et du jeu. Nous, nous sommes devant ces musiques
un peu comme pouvaient l'être des musiciens européens blancs devant le
jazz dans les années 50.»
L'analogie est pertinente: de même que des musiciens européens surent
s'approprier le jazz et devenir les partenaires, les interlocuteurs
voire parfois les concurrents des jazzmen américains, Bratsch a conquis
les musiques de l'Europe orientale, jusqu'à figurer dans les
compilations et les collections de musiques traditionnelles.
«Les gens ne savent pas trop où nous cataloguer. Nous ne sommes pas dans
la world music, nous ne faisons pas de la musique traditionnelle
puisqu'on ne puise pas dans nos propres traditions, nous ne sommes pas
des puristes qui gardons un trésor. Nous aimons mélanger les choses,
nous créons notre musique par rapport à l'imaginaire de chacun d'entre
nous.»
Il y a quinze ans que ces cinq musiciens français travaillent ensemble:
Dan Gharibian à la guitare, François Castiello à l'accordéon, Pierre
Jacquet à la contrebasse, Bruno Girard au violon et Nano Peylet à la
clarinette. Le groupe a repris le nom du violon alto populaire de
Hongrie, le bratsch et, au début, il y a la Russie et les musiques des
tsiganes d'Europe de l'Est. Petites salles, premiers succès. Bratsch
comptera beaucoup dans la vogue croissante de ces musiques en France et
un peu partout en Europe.
Mais, alors qu'aujourd'hui fleurissent les groupes plus ou moins
tsiganes (les Yeux Noirs, Urs Karpatz...), Bratsch a émigré. «Depuis
cinq ou six ans, nous avons abandonné les musiques slaves», reconnaît
François Castiello. Dans son nouveau spectacle, installé pour tout le
mois de mars dans une nouvelle salle parisienne, La Maroquinerie (où il
enregistrera dans quelques jours, en public, son prochain disque),
Bratsch voyage dans les Balkans, en Arménie, en Grèce et même en France.
L'Est ce sont Roumanie, Yougoslavie et Bulgarie où les musiciens puisent
à plein bras vieilles mélodies et inspiration de nouvelles chansons.
L'Arménie, c'est la terre natale de la mère de Dan Gharibian, lui-même
né de père italien dans la banlieue de Lyon mais passionné par ces
racines-là. La Grèce, c'est ce rebetiko des caves et des arrières-salles
turbulentes où, à l'écart du jour, musiques grecque, turque, albanaise
ou juive se sont mariées pour constituer une sorte de blues rebelle et
rêveur. La France, c'est d'abord le Limousin de Nano Peylet, où la
langue parlée par les vieux de jadis est aujourd'hui presque
complètement perdue, et que chante aussi Bratsch. Et puis c'est la
langue française, qui pose des questions singulières au groupe, habitué
à chanter dans toutes sortes de langues européennes. «On se sert des
langues comme d'un instrument. On sait ce que la chanson veut dire, mais
pas forcément le sens de chacun des mots. Maintenant, quand je chante
une chanson en français j'ai la même attitude: je sais le sens de la
chanson mais j'essaie surtout de lui trouver une ambiance, sans
m'occuper de chacun des mots.»
Parmi les paroliers récents de Bratsch, on note Simon Abkarian, comédien
étonnant révélé il y a quelques années au théâtre du Soleil d'Ariane
Mnouchkine. «C'est un copain du groupe. On se voit souvent et il chante,
il boit et il danse avec nous.» Le comédien a aussi mis en scène Bratsch
dans un univers en noir et blanc qui épouse la singularité de la
Maroquinerie: une cave profonde propice aux conspirations et aux
murmures. Conciliabules du groupe et toasts portés dans une langue
indistincte, mines de comploteurs, Bratsch fait aussi un voyage dans les
gestes, les atmosphères, le rêve. Leur musique et leur spectacle
naviguent dans le mythe: le mythe du village lointain, le mythe de la
migration, le mythe de la «tsiganie». «Nous sommes des rêveurs, dit
Français Castiello. Nous fantasmons beaucoup la musique. Les gens de
là-bas ne la jouent pas comme ça. J'ai joué récemment avec une fanfare
de Macédoine: ils jouent aux répétitions, avant les répétitions, après
les répétitions, ils vont jouer dans la rue dès le réveil, il jouent
encore après le concert. Ils ne jouent pas seulement pour des gens assis
devant la scène.»
Bertrand DICALE |
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